24 mai 2015

Je suis un danger public


J’avais 25 ans. 
J’enseignais le français depuis 2 ans à la commission scolaire de Laval.
J’avais le vent dans les voiles, voguant sur cet inégalable sentiment d’être enfin à ma place.
J’étais un exemple de dévouement.  De tous les projets spéciaux, accompagnatrice pour toutes les activités… Voyez le genre?

Et vint le jour de cette entrevue qui me permettrait d’accéder à la liste de priorité pour l’obtention des contrats d’enseignement.
Cinq ou six cadres assis en demi-lune devant moi défilaient des questions du genre : « Pourquoi avoir choisi le métier d’enseignant? »

Ils n’ont pas aimé mes réponses franches.
Ils ont prétexté que je n’avais pas la « personnalité-type » pour enseigner, et que par conséquent, je ne pourrais travailler dans aucune école de l’entière commission scolaire de Laval pour une durée de… 15 ans!!!

J’ai su plus tard que mon nom avait circulé. Qu’un conseiller pédagogique n’avait pas apprécié mon courriel lui signalant quelques erreurs orthographiques dans un document remis aux enseignants. Qu’une adjointe  n’avait pas digéré que je lui fasse reprendre l’impression du contrat d’enseignement qu’elle s’apprêtait à me faire signer. Il s’était coincé dans l’imprimante. Il avait l’air d’un torchon. C’était mon premier contrat. J’avais envie qu’il soit beau…

J’ai 40 ans.
Cette année, je pourrais retourner solliciter du travail à la commission scolaire de Laval.
15 ans déjà!
Quand on y pense, ma situation actuelle est tellement précaire que je pourrais y voir une opportunité.
Mais vous savez quoi?
Plutôt crever!


L’écrivaine a sa fierté!



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