31 décembre 2015

Scuse-moi Grand-M'man.

Oui, je l'avoue, j'ai douté. 
Pourtant, croire en toi, j'en avais fait une habitude.

Je t'admire tellement! 
Juste m'imaginer accoucher 15 fois comme toi, et j'ai le goût de me jeter en bas du pont Dubuc. Ton corps aura été tellement fort! Moi, depuis que j'ai un peu mal au dos, je me considère quasiment comme une personne à mobilité réduite.  Toi, tu te relevais d'un accouchement en te préparant pour un autre. 
T'es Wonderwoman, c'est bien simple.

Et pourtant, j'ai remis en doute tes paroles bienveillantes.
À ma décharge, je dirais que le fait que tu sois morte ne m'a pas aidée.
Vous jasez pas fort fort, hein, vous autres, les morts?
Mais quand même, je ne t'en veux pas, car ta messagère, ma mère, fait très bien la job.


Tu te rappelles, le mois passé, quand j'avais le sentiment de ne trouver ma place NULLE PART? Je ne trouvais pas de boulot et ça me rendait vraiment triste.
Ta fille, ma mère, me répétait souvent ce que toi tu disais dans les périodes où plus rien n'allait: "Inquiète-toi pas, quand on arrive au boutte, ça revire de bord!". C'était sensé me faire comprendre que j'avais encore des choses à vivre avant que le vent ne tourne; de ne pas me décourager; que la vie se chargerait de réorienter les astres pratiquement juste pour moi. Ça me disait de garder confiance.

Et moi, j'en ai eu marre de l'entendre, ta phrase, Grand-M'man. Je trouvais que le crisse de boutte, il voyait pas l'heure d'arriver, et qu'en attendant, ma vie était juste de la grosse marde.



S'ouvrir


Et j'ai pété ma coche. 
Celle du genre qu'on voit dans les films où le personnage de la mère dit qu'elle se sent emprisonnée dans sa vie de mère, et que son mascara coule partout.
Mon chum a dû me trouver convaincante, car il a tout de suite consenti à ce que je parte en escapade avec ma meilleure amie. (Et là, je te l'accorde, j'ai eu le cul bordé de nouilles, car on ne trouve pas à tous les coins de rue une amie capable de vous emmener vous bourrer la fraise dans les meilleurs restos. En cela, je reconnais ma chance et je me rappelle à chaque fois combien tu ne devais pas trouver facile de nourrir ta famille avec les 10 cents que rapportait grand-papa de sa journée de travail.)

En Charlevoix, (en plus d'apprendre qu'il faut dire EN Charlevoix, et pas DANS Charlevoix), j'ai profité de la vie. Je me suis fait dorloter. Que faire d'autre? J'étais une poupée de chiffon!
J'ai choisi de m'ouvrir grand les yeux; me suis inspirée de toute la beauté des lieux, et du temps de qualité avec mon amie. 
Déjà, mes batteries commençaient à se recharger. Mais au fond, je ne voulais pas revenir à la maison. Chu pas folle, c'est là que ma petite vie m'attendait. Avec sa brique pis son fanal.


Inattendu


Dans ce somptueux hôtel charlevoisien, j'ai pu bénéficier d'un massage de détente (C'est pas moi qui ai payé. Je n'avais plus de revenus. Pour moyen de subsistance, ne me restait pratiquement que la prostitution comme alternative, mais je m'étais dit qu'au Saguenay, je risquais de tomber sur quelqu'un qui avait voté pour moi à la dernière campagne électorale, et juste d'y penser, ça me mettait ben mal à l'aise, tu comprends, Grand-M'man? C'est ma mentalité "village" qui ressort dans des situations comme celles-là.)

Tout ça pour dire, que je me suis fait masser.

Et pour tous ceux qui se demandaient ce qu'il en est maintenant de Gandalf, le charismatique sorcier du Seigneur des Anneaux, eh bien, je vous le dis en primeur, il est rendu massothérapeute dans un chic hôtel de Charlevoix. 
Et il m'a massée. 
Je vous le jure. 
Gandalf le Blanc, avec sa barbe tout aussi blanche que lui, avec ses cheveux remontés en chignon, très masculin, très mode. (Sauf qu'au lieu d'avoir sa robe de sorcier, il avait un t-shirt noir et un pantalon North Face.)

Après m'avoir mise en confiance, il m'a fait renifler des effluves d'eucalyptus que je soupçonne d'avoir été opiacées. Et il commencé à me toucher (mais ne pense pas à mal, Grand-M'man, on parle de l'honorable Gandalf ici) en répétant tout bas des mantra, des formules. Et quand je parlais, il me disait ta gueule à sa manière toute distinguée de sage guérisseur. Pis ça a duré une heure de même.

Et je me suis rhabillée. Il m'attendait dehors, comme un harfang des neiges, perché sur sa branche. 
Il m'a tendu la main, et m'a demandé: 

-Attendez-vous un envol? 

J'ai bredouillé.

-Euh... oui... non... peut-être bien...

Il a ajouté: " J'ai ressenti beaucoup de retenue en vous. Quelque chose doit être libéré. Laissez-le vous quitter,  cela créera un grand espace pour ce qui vous attend."

Je suis retournée auprès de mon amie. J'étais comme shakée, dans les limbes, je dirais. Tellement que Gandalf m'a couru après avec mon top de bikini dans les mains! J'avais complètement oublié de le remettre sous mon peignoir! J'étais pu là, Grand-M'man!


Retour

Tsé, quand tu te fais masser par Gandalf, t'es pu tout à fait pareille après. Il te reste un petit quelquechose.

Quand je suis rentrée chez moi, j'avais choisi que j'arrêterais de souffrir qu'aucun éditeur ne me contacte pour publier mon roman. Et que mon compte en banque n'était pas non plus un gage de ma qualité en tant que personne, et que t'avais beau être morte, Grand-M'man, j'avais décidé que toi pis tes 15 accouchements, vous méritiez que je vous fasse confiance.
Donc, ta petite phrase cheap est devenue mon proverbe, ma maxime, mon allégorie. Je l'ai élevée au rang de récipiendaire du Prix Nobel de la Littérature, figure-toi donc! (Je fais ce que je veux, c'est MON blogue!)
Et donc, je me suis mise à croire dur comme fer que lorsque l'on traverse une épreuve, elle n'est rien d'autre qu'une passe. Les phases ne durent qu'un temps. Et effectivement, Grand-M'man, "Quand on arrive au boutte, ça revire de bord!"



***!!!BONNE ANNÉE!!!***

Il y a trois semaines, j'ai décroché l'emploi le plus adapté qui soit à ma personne: je suis en charge d'une bibliothèque dans une petite école secondaire. Et malgré que je souhaiterais au fond de moi m'accrocher à ce nouveau travail comme une bouée, je n'ai d'autre choix que de voir cette opportunité comme une autre occasion d'apprendre encore mieux à nager, car ce travail, il est temporaire. La dame que je remplace reviendra, et ce sera très bien ainsi. Car j'ai confiance en toi, Grand-M'man. 
Et je sais maintenant que quand je serai rendue au boutte, je revirerai de bord!"



4 commentaires:

biscuit a dit...

J'ai bien ris de te lire ce matin...un beau vent de fraîcheur vient souffler sur le fond un peu plus "ruff" de ta vie... attention à toi et continue de croire en toi :-)

Jacinthe Dufour a dit...

J'en ai les larmes aux yeux. Ça m'arrive quand je suis très heureuse. Je t'aime ma belle grande fille d'amour!

Audrey Lévesque, l'écrivaine a dit...

Merci beaucoup! Je suis heureuse de t'avoir fait rigoler! Ça me rend fière! :-) Une très bonne année à venir, à toi ainsi qu'à tous ceux qui te sont chers!

Audrey Lévesque, l'écrivaine a dit...

Merci M'man! Je t'aime aussi! xxx