20 mars 2016

Lettre à mes filles


Mes lapines, mes perruches, mes p’tites madames,

Ma nouvelle n’est pas bonne. 
Pour vous, rien n’aura changé hormis d’avoir appris que  ma cousine Sandra venait de mourir. De maladie, genre.
Mais ma cousine Sandra, c’est dans le coffre d’un char que la police vient de la retrouver. Assassinée. Mais ça, je ne vous le dirai pas. Je trouve que c’est trop trash.
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Sandra était une soie. Aucun autre mot ne me vient en tête pour la qualifier.   
Et elle a fait confiance une fois de trop.

Le meurtrier a été arrêté. Il y a quelque chose de réconfortant en cela. Avant, j’avais du mal à me représenter le sentiment qu’avaient les parents de Cédrika Provencher de se dire « soulagés » d’avoir découvert leur enfant morte. Maintenant, je sais que nous avons une forme de chance que les policiers aient retrouvé Sandra. Nous imaginer l’attendre encore, pour toujours, me semble insoutenable.

Je pense à mon cousin (son frère) qui se retrouve enfant unique; je pense à son amoureux; je vois ses deux filles qui entrent à peine dans leur vie adulte; et il y a ma tante (sa mère) qui souffre le martyre, on se demande même si elle ne va pas en mourir, et je me dis : « What the fuck??? Toi, le lâche qui l’a tuée, tu ne nous feras pas l’affront de plaider la folie, j’espère? »
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J’aurais une couple d’affaires importantes à vous dire, mes poupées, mes beautés fatales. Voyez-vous, c’est pas dans mes plans (c’est dans les plans de personne!) de me ramasser au CAVAC*, comme ma tante.

Ce qui me vient d’emblée serait :

- Soyez belles autant que vous l’êtes déjà, et ne vous taisez jamais.
- Apprenez à frapper dans des couilles (il paraît qu’il suffit de viser juste, et on est sauves)
- N’accordez votre confiance qu’à celui qui la mérite. IL N’EST PAS QUESTION qu’un autre enfoiré vous abatte.

Misère, moi qui suis d’ordinaire si combative, je me sens vraiment moumoune tout à coup.
Je l'sais pas si c’est le fait que ma cousine vient d’être retrouvée morte dans un coffre de char, mais j’aurais le goût de vous dire de vous cacher. Que ce monde-ci est malade. Qu’on l’a fucké.

Je ne me reconnais pas. D’habitude, je vous pousserais dans le vide à la quête de nouvelles expériences. Là, le seul conseil qui me semble raisonnable, c’est : creusez-vous donc un super tunnel high tech avec deux beaux gars qui ont de l’allure, pis repartez-nous ça par en-dessous! Parce que ça a ben l’air que c’est tout pourri au-dessus. Ici, les anges meurent.

Ce qui m’aidera peut-être, c’est de croire qu’ils renaissent ailleurs.

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Chère Sandra,

Tu auras survécu à une complexe opération au cerveau, tu auras fait avancer la cause des femmes; tu en auras même mis deux au monde! De splendides jeunes femmes, fortes de t’avoir eu pour maman.
Pour moi, tu auras été la Bienveillance incarnée. Tu nous auras tant protégées, que tes propres gardes s’en sont affaiblies. Je suis tellement désolée, cousine. J’entends tes éclats de rire furtifs exploser dans ma tête. Je ressentirai à jamais ta bonté, en oréole lumineuse au-dessus de moi, et aujourd’hui, je comprends encore davantage à quel point nous sommes nées pour nous battre.
Nous te rejoindrons tôt ou tard.

BECos,

Audrey



*Centre d’Aide aux Victimes d’Actes Criminels




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