12 juin 2016

Chut!

La petite Lévesque

Je viens d’un petit village. 
Que voulez-vous, on ne choisit pas plus l’endroit où l’on naît que l’endroit où l’on meurt.

Dans ma jeunesse, dans les années 80, j’étais une sorte de vedette montante là-bas. Je ne sais pas ce qui a pu se passer, c’est pas que mes parents étaient gérants d’estrade...Il semble  que tout ça soit venu de moi!!!

Fond de teint au visage, superglue dans les cheveux, pantalon moulant, bas blancs et gant brillant, je sillonnais le village, comme en tournée, genre.
Le temps d’une toune, j’imitais Michael Jackson devant des adultes amusés, mais qui franchement devaient être également médusés.
J’allais partout : les assemblées des Chevaliers de Colomb, du Club Optimiste, du Cercle des Fermières, de l’A.F.E.A.S.
Il y avait aussi les spectacles de fin d’année, les jours de l’an en famille, toutes les fois où je me produisais devant la visite…
Et à partir de 8 ans, comme ça,  j’ai grandi, en entendant par-ci par-là : « La p’tite Lévesque, à va aller loin. ».

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Loser

Vous seriez donc autour de 7000 à m’avoir lue sur ce blogue depuis deux ans.

La question qui me brûle: QUI ÊTES-VOUS???

Les seuls commentaires que je reçois viennent de ma famille, et à l’occasion, d’une gentille inconnue dont le pseudo est Biscuit. À moins que ça ne soit, toi, maman, qui tente de faire grimper le compteur par des visites répétées sur mon site?

Le problème avec le silence, c’est qu’on est libre de l’interpréter à sa guise : « Est-ce que je les laisse indifférents? Suis-je trop intrusive? Sont-ils trop occupés? Suis-je risible? Une grosse nullité de ce monde? 
Il y a cet adage  -Qui ne dit mot consent- qui devrait m’apaiser... mais non.


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C’est chien

Lors d’une entrevue où la diva Ginette Reno s’était avancée sur son douloureux passé de dépendante affective, elle avait avoué être à la merci de son public, duquel elle attendait les applaudissements, soir après soir, comme un chien attend son biscuit (clin d’œil à Biscuit!), selon que son maître daigne bien le lui accorder.

Pauv’tite, sérieux.
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Je me suis déjà exprimée sur la question de la popularité.

Je vous apprenais alors que j’étais probablement la fille la moins populaire de Youtube, que j’avais compris que mon contenu ne se partageait peut-être pas aussi spontanément que les vidéos de flatulences, et tout ça.

Comme à chaque fois quand je me pose des questions dont les réponses tardent à venir, je me tourne vers ma sœur, mon Yoda à moi. 

Cette fille, qui a beau être de quatre ans ma cadette, me donne souvent l’impression d’être mon aînée. Je la consulte pour revenir sur terre. Elle a la rationalité qu’il m’a toujours manqué.

Je lui demande : « Tout ce silence suivant mes textes, n’est-ce pas la preuve que je ne suscite rien chez mes lecteurs? (Pas même un émoticône!?) Pourquoi écrire si je ne fais réagir personne? Devrais-je me suicider, coup donc? »

Ma sœur, qui évalue tout consciencieusement, me demande un délai pour répondre. Elle doit me relire pour comprendre. Quelques jours plus tard, elle m’écrit : « Tu ne devrais pas avoir honte de tes textes. C’est juste que tu exprimes les choses si simplement que ça nous renvoie forcément à une affaire personnelle. Je ne sais pas si c’est plate pour toi que je te dise ça, mais on t’oublie. »

À défaut de manquer quelquefois de diplomatie, ma soeur ne déçoit jamais. Encore là, elle m’aura été d’un grand secours.
Il semble donc que je ne serai même pas obligée de me suicider.
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Je serai honnête, les blogueurs(euses) et youtubeurs(euses) populaires vivent des retombées que j’envie : des éditeurs leur proposent la publication de l’intégralité de leurs blogues, et d’autres croulent sous les cadeaux.
MAIS…
Ils reçoivent AUSSI un tel lot de commentaires assassins, d’insultes gratuites et de mépris, que je n'arrive plus à espérer être à leur place.
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Aujourd’hui, il n’y a que la pluie sur le toit de tôle pour rythmer mes pensées.

Grâce à ce silence qui vous honore, que j’apprécie, qui vous confère la qualité de lectorat respectueux, j’arrive à composer.

Et tant mieux si vous n'y voyez rien à ajouter.

J'ai mieux à faire qu'attendre mon biscuit, anyway.



4 commentaires:

Anonyme a dit...

Tu fais bien de prendre en considération ce que dit ta sœur. Moi, je l'ai toujours appelée "Mon p'tit Bouddha"! C'est vrai qu'elle ne mâche pas ses mots, mais elle vise toujours juste. Je les aime moi tes textes et ce n'est pas moi Biscuit. xxxx

Caroline Gagnon a dit...

La question est on écrit pour soi ou pour les autres ? Me semble que c'est pour soi. Point. Je suis dans tes plus fidèles fans et je ne commente jamais, pourtant j'adore. La preuve que le silence ce n'est pas le vide. Continue !

Audrey Lévesque, l'écrivaine a dit...

Maman!!! xxx

Audrey Lévesque, l'écrivaine a dit...

Ben non mais toi tu comptes pas, c't'affaire! Je le sais que t'es là! Je te compte dans ma famille, genre!!! Tsé!
À la question "on écrit pour soi ou pour les autres?", c'est pas que je veux faire différent, mais j'ai le goût de dire que c'est vraiment les deux. Pour moi c'est de même en tout cas. xxx