24 juillet 2016

Réglo ou On est tous le con de quelqu'un


Mon père était vendeur de chars usagés.

Intérieurement, il souffrait de la croyance populaire lui attribuant l’étiquette de « gros crosseur ». Et pour cause. En surface, rien ne le distinguait : il distribuait allégrement, comme les autres vendeurs, de nombreuses et vigoureuses poignées de main, négligeant les ossatures délicates. À la fin d’une seule journée, il s’était fait plus de nouveaux amis que Marilou et son Trois fois par jour sur Facebook.

Cependant, sous cet apparat customisé, on pouvait saisir une différence. On sentait qu’avec ce vendeur-là, le service APRÈS-vente n’était pas un mirage. Il avait une sorte d’étincelle dans l’œil qui nous obligeait à nous dire : « Coup donc, j’ai envie de lui faire confiance à lui! »

En fait, la vérité sur ce rayonnement exceptionnel, c’est que mon père aimait son travail.

Mais d’abord et avant tout, il aimait l’Humain.

Son éthique professionnelle était devenue sa marque de commerce. Il fallait lui passer sur le corps avant qu’un de ses précieux clients ne soit lésé de quelque manière.

Mon père avait un surnom :  Réglo.   

Et ses patrons le détestaient.


Ironie

Pas plus tard que le mois dernier, sur ce même blogue, je vous remerciais du respect que vous me témoigniez tous, chers lecteurs et lectrices, en demeurant silencieux. Bon, il est vrai que je voulais me plaindre par la bande que vous ne m’adressiez jamais de commentaires sur mes textes, mais après, je vous disais que je préférais le silence aux insultes dont sont criblés les blogues, les comptes Facebook ou Twitter des plus grandes vedettes.

Et comme pour checker si je bluffais, la vie m’a envoyé mon premier commentaire pas fin.

De façon anonyme (lire lâche), il était écrit : « Tes vidéos sont cons ».

Ma première pensée n'a pas été plus fine: « Je le sais que mes vidéos sont cons, gros épais!* » 
(*le masculin est employé ici juste pour la forme, car je n’écarte pas l’idée qu’il s’agisse d’une grosse épaisse).

Et aussitôt, comme par magie, c'est fou comme j'ai changé, je suis revenue sur la track, et j’étais à nouveau confiante que pour passer mes messages, faire des vidéos cons était encore la meilleure solution.

En tout, je n'ai pas dépensé plus de 30 secondes de mon énergie à ruminer.

J’ai alors ressenti de la compassion pour cette personne qui n’avait pas saisi la démarche humoristique derrière mes capsules vidéos, et je me suis dit qu’elle devait être bien malheureuse pour ressentir le besoin de m’insulter gratis.

Avant, quand j'étais bête, j'aurais répondu avec encore moins de classe. 

Mais maintenant, je fais dans la dentelle.


S’assumer ou se taire

C’est ici que me viennent en tête les paroles d’une vieille toune de Luc De La Rochellière: « Tout le monde veut que tout le monde l’aime, mais personne n’aime tout le monde. »

Vous aimez TOUS les humoristes, vous?
Et les auteurs? Les acteurs? Les chanteurs? Vous les aimez TOUS?

Bien sûr que non! Et c’est très normal.

Mais ce qui n’est pas normal, c’est qu’on accepte difficilement que des gens se mettent de l’avant. 
Souvent, on les déteste pour cette audace que nous n’avons pas eue, et on leur en veut d’avoir ce penchant naturel pour le spectacle.  
On se dit : «  Moi aussi j’existe et j’ai des choses à dire, mais je suis trop gêné pour prendre le micro. »

C’est rien d’autre que la vie, ça!

Il y en a de tous les types! Des extras et des intros. Des doux, des violents. Des gentils, des méchants…

Quoiqu’il en soit, pour moi, l’anonymat ne sera jamais une option.

Je suis une extra!


De retour à Réglo

Pendant une grande période de ma vie, j’ai été honteuse de ce sobriquet dont était affublé mon père. Je trouvais que ça faisait ringard au possible et que ça lui enlevait de la crédibilité.

Après, je me suis enlevé la tête du cul, j’ai observé à quel point mon père était apprécié de sa clientèle, et je me suis dit qu’en fait, je n’étais tout simplement pas du type à apprécier ce genre de trucs-là. Comme je n'apprécie pas les rongeurs, le boudin et les chansons à répondre.

Et c’est là que j’ai commencé à 
vivre et laisser vivre.

L’effet a été pratiquement immédiat! 

Plus personne ne me tombe sur les nerfs!

Sauf mon chum et mes enfants, des fois. Et peut-être aussi ceux qui ne comprennent pas comment fonctionne un carrefour giratoire. Et  les vieux messieurs qui font sonner leur monnaie dans leur poche. Et y a aussi les madames qui se parfument trop pour aller au restaurant. Ça change le goût de mon plat... 









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