14 août 2016

Karma caméléon

Moi, assistée de ma robe moulante noire, dans un bar in de la Grande-Allée.
L’idée, c’est de vérifier si je pogne encore.
Seize ans de vie de couple sont parvenus à m’en faire douter.
Pas que mon chum soit avare de compliments, c’est juste moi qui pense que l’amour l’a rendu complètement aveugle, le pauvre.
Je n’attends même pas qu’on vienne me voir. (Personne ne viendra anyway.) Aussi bien me diriger directement vers un jeune homme qui me plaît (apparence soignée, mais un peu bad boy, tsé veux dire.) 
Il regarde souvent sur son cell. 
Il doit être sur Tinder. 
L’idée me traverse que je pourrais simplement quitter le bar, aller mettre ma robe de chambre, m’inscrire sur Tinder, et attendre, martini à la main, de voir si j’ai des likes. Le résultat serait le même, et je n’aurais pas à m’humilier, comme j'ai le sentiment de m'apprêter à le faire.

Il est gentil, mon petit bum. Il me donne 29 ans. Bon menteur.
Y a mon chum et ma meilleure amie qui me regardent de loin. Ils me laissent aller.
C’est le but.
On dirait que mon chum rit moins qu’en début de soirée, et ce, même s’il boit davantage. Quelque chose me dit que c’est en lien avec ma joue collée sur celle de mon nouvel ami…
Il a peut-être raison d’être jaloux, car il  est drôle, mon jeune prétendant. La conversation coule de source.
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Comme les loups sortent en meute, après quelque temps, un des 7-8 barbus qui nous encerclaient et que j’avais identifiés comme ses «buddies» s’immisce dans notre conversation et me dit : « Va-t’en, madame. »
J’ai regardé mon « flirt » pour vérifier ce qu’il pensait de ça.
Il semblait avoir perdu tout son swag, avait les oreilles basses en souriant comme un ti-coune.
J’ai re-regardé le barbu, et c’est là qu’il m’a sciée.
Il m’a dit : « Tu fais des trop longues phrases. »



Vieille peau

Oui, en y repensant, j’avais peut-être laisser glisser un ou deux verbes au subjonctif présent. 
Encore une chance que j’avais ma robe moulante noire pour valider mon appartenance au genre humain. Par en-dedans, je me sentais aussi sexy qu’une coquerelle. J’avais le feeling d’être tombée dans le vieux film niaiseux Les Visiteurs, avec Jean Reno.

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Je n’allais pas m’acharner. J’ai ma fierté, quand même. J’ai laissé les loups hurler entre eux, et finalement, j’ai passé une excellente soirée! J’ai confirmé une foule de choses sur lesquelles il y avait encore du flou :
Premièrement, oui je pogne encore. (Un merci sincère à ma robe moulante noire.)
Deuxièmement, j’ai constaté que si je ne m’adaptais pas davantage à la génération me précédant, aussi bien dire que j’acceptais de rompre le contact. Un peu comme si je devenais une île coupée du continent Y.

Faut pas.


Charles et moi

J’étais assise confortablement à écouter le beau Charles Tisseyre et sa voix savante me raconter que pour assurer sa survie, une espèce de grenouilles des bayous avait développé une peau imitant à la perfection les écailles de l’aligator, son principal prédateur. En effet, Charles me disait (juste à moi) que les intrépides grenouilles se cachent dorénavant sur le dos même de leur ennemi, s’en protégeant par la même occasion! N’est-ce pas inventif et irrésistiblement culotté?
Cela m’a menée à penser que pour mieux vivre dans cet espace englué et marécageux qu’est devenue la société actuelle, je devais me rapprocher encore davantage de ce qui m’est inconnu, en prendre les couleurs, devenir un caméléon et par la même occasion, en tirer d’énormes bénéfices, entre autres, celui de pouvoir communiquer efficacement.
Moi, je vote pour dire que c’est important quand on se prend pour une écrivaine.


Sale temps pour les no names

Il y a trois ans déjà, j’annonçais l’achèvement de mon premier roman.
Mon récit est bien né, au bout de 270 pages. Il existait, mais n’aurait pas le privilège d’être lu. Les éditeurs sollicités n'ont pas accroché.
Des personnes de confiance m’ont guidée. Je l’ai allégé. Carrément réécrit.
J’ai retenté d’être publiée. Encore là, les éditeurs n'embarquent pas.

Bien sûr, j’ai bien réfléchi aux avantages et inconvénients de la publication numérique. J’ai passé en revue les ouvrages destinés au monde de l’édition, et mon actuelle expérience en tant que bibliothécaire m’est plus que profitable. 
Je comprends aujourd’hui que pour être publié, il faut soit :
être un(e) youtubeur(se) populaire;
et/ou avoir souffert le martyre;
et/ou avoir été en relation avec une rock star.

Je n’ai rien de ces ultimes critères. Zéro sur trois.

Mais ce n'est pas grave. Ça ne l'est plus!

Je sais bien que ce n'est pas parce que mon roman est pourri qu’il n’est pas publié. Mais simplement parce qu’il ne correspond pas à ce qu’est devenu le marché du livre.


S’adapter ou crever.

Depuis un bon moment, je lis de façon quasi compulsive ce qui appartient désormais à un genre littéraire à part entière : le roman graphique (ou bandes dessinées romanesques).
Souvent volumineux, ces gros bouquins à l’allure de bédés vitaminées nous offrent des récits étoffés cherchant à se rapprocher de la complexité du roman.  Étant illustrés,  donc visuellement très attractifs, ils ont l’avantage important d’attirer les lecteurs réticents, tout en leur donnant le sentiment satisfaisant d’avoir lu une brique! J’aime l’idée! Je la trouve inventive et irrésistiblement culottée!
Je comprends qu’ils soient de plus en plus populaires, je les adore, et malgré qu’il y en ait de franchement pourris, j’ai croisé de véritables bijoux parmi lesquels j’aimerais que mon histoire en soit.
Donc, pour aller dans le sens de mes récentes réflexions sur l’importance de m’adapter, il semble que la chose la plus logique à faire, considérant que je sois une folle de design, d’illustration et de papier, c’est que je conçoive mon propre roman graphique! En plus, mon chum est ti-pas justement graphiste!!!
Ya-hou!!! Je deviens grenouille!


Karma caméléon.

2 commentaires:

Anonyme a dit...

Ouff! Il donne chaud ce texte!! :-) Il y a de ces fois où l’on aurait aimé être au bon endroit au bon moment! Tu viens de faire augmenter le «bad-boy style»! :-) Au plaisir!
P.S. Tu devrais mentionner tes déplacements, moi j’irai te voir! J’aime les longues phrases!! hihihi

Audrey Lévesque, l'écrivaine a dit...

Ah ben ça, c'est très gentil! Merci d'avoir eu cette attention pour moi! :-)