12 novembre 2016

Maudit bonheur!

En 1980, j’avais de l'attitude et l'air garçon. Malgré cela, mes parents qui, cette année-là, avait réussi à faire une passe de cash (ce que je n’ai encore jamais réussi à faire), m'avait fait le bonheur de m'offrir une visite à Disneyland.

Plusieurs jours avant de partir, en plus de faire ma valise, j’en avais profité pour semer des menteries à tout vent dans la cour d’école. 

Ainsi, je racontais à l’attachante petite gang de morveux qui m’encerclait que « bientôt, oui, j’allais à Oualdisné, et que non, c’était pas jusse pour aller voir Mickey, tsé, c’était surtout pour aller donner des cours de ballet à Cendrillon, ouais, tsé, c’est sûr, pour le bal, tsé… »

Les yeux ronds comme des gros bleuets des States, les petits du village capotaient. La mâchoire leur en tombait, tellement qu’ils en laissaient geler la morve sur leurs suçons Lolly.

Le soir, j’enfilais mon collant rose pour mon cours  « Pré-ballet 1, 17h, sous-sol du Foyer Le Pionnier, Hébertville » et la tête haute, euphorisée de mes idées de grandeur, j’étais la plus chubby, oui, mais surtout, la plus divertissante. 

Dans le carnet de notes reçu en fin de session, il y avait d'inscrit, de la main délicate de mon professeur : «Surprenante interprète».



En beurrer épais

Je viens d’une famille d'expressifs et de festifs. Au restaurant, les gens que vous regardez croche parce qu’ils rient trop fort pour vos tites z’oreilles, ben c’est nous. Donc, je suis comme ça naturellement. 
J’aime, j’adore!, déclencher une réaction, jongler avec, l’amener ailleurs, pour une finale en rires! Et oui, ça veut dire en inventer un peu. Des fois. Faut ce qui faut. "The show must go on", comme dirait Céline et tous les autres artistes de notre galaxie, ainsi que des galaxies inconnues.

Aujourd’hui, maintenant que je suis une grand fille (j’ai 41, si tu veux vraiment le savoir), j’ai la maturité pour me regarder, et me demander pourquoi je m’emploie tellement à rendre brillant le terne, à emballer comme un cadeau ce qui n’en est même pas un, à chercher la magnifiscence dans nos vies en menu déroulant…
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Je connais une fille qui mène une quête. Elle cherche le bonheur, veut être heureuse.Elle a le droit. (Rendue à 41 ans, tsé! Une petite quête, elle peut ben s'offrir ça!)

Donc cette femme (que je ne connais pas du tout) a décidé de faire son bonheur de petites choses, car c'est ben trop long d'attendre que les grandes choses se concrétisent. Elle est pressée d'être heureuse, you know? Et elle a sa méthode.

Elle appelle ça:
 magnifier le quotidien

C’est gratuit, y a toujours une occasion, et ça remplit d’un petit bonheur à cultiver amoureusement, niché dans l’esprit, prêt à germer vers un nouveau bonheur, qui lui germera vers un autre. Y a pas de boutte! C’est malade!


Bonheur pas cher! La recette.

Vous vous souvenez de l’histoire de "Jacques et le haricot magique"? L’image où l’on observe la fulgurante montée du haricot  vers le ciel, feuille par feuille, est celle que l’on doit avoir en tête.

L’idée de base, pour parvenir à magnifier le quotidien, est la même. 

Il faut d’abord VOIR la graine de bonheur quand elle se présente. (Attention, c’est plus difficile à faire qu’il n’y paraît, certains ont de la merde dans les yeux, c’est fou!)
Ensuite, il importe de LA RAMASSER (Tellement de gens ne s’autorisent même pas à la cueillir, ils ne s’en sentent pas dignes ou quelque chose du genre, c’est triste.)

Une fois qu’on a ramassé la graine du bonheur, on la SÈME dans son esprit, et on la LAISSE pousser. That’s it!

Le résultat est toujours surprenant.


Difficile à contenter

La même fille, c’est bizarre, malgré ses belles paroles, arrive quand même à avoir l’impression de n’être jamais contente. Elle regarde son haricot et le trouve souvent moins impressionnant que celui des autres.

"Pourquoi ça pousse pas plus que ça?"  se demande-t-elle, amère  devant ses piètres performances horticoles. Elle pensait avoir le pouce vert pourtant, et elle met de l’engrais tout le temps!

La raison, c’est celle-là :

Il faut CHOISIR une terre FERTILE.
C’est OBLIGÉ. 
Sinon, y a JAMAIS rien qui va lever.
Et alors qu’on aimerait bien laisser la responsabilité de la qualité du sol à d’autres, il semble que le succès des récoltes soit encore un truc qui ne relève que de soi.

Nous pouvons toujours, selon notre gré, déraciner notre haricot, et aller le planter ailleurs. (On appelle aussi cette alternative La crise de la quarantaine.) Attention, cette pratique est non recommandée aux personnes dont le haricot est un chicot. La transplantation pourrait peut-être affaiblir la tige, tellement que ça pourrait peut-être tuer le plant. PEUT-ÊTRE.

Il est également possible de continuer à arroser son haricot à grands coups de dépenses folles. Il se pourrait qu’une feuille supplémentaire vienne à poindre, mais hélas, elle n’aura que rarement assez de force pour donner naissance à une prochaine. Il faut alors se résigner, mais c’est normal, surtout si on a planté son haricot dans un champ de roches.

Si nous parvenons à nous considérer digne d’accueillir des semences, il y aura forcément un bourgeonnement. Mais rien ne naît de la sécheresse, du vide ou de l'aridité.
La terre dans laquelle on sème nos graines de bonheur est en réalité la valeur que l’on se donne. Comment peut-il en être autrement?



Une tartine, pour la route?

Imaginez-vous donc que j’ai failli aller dans le Sud!
L’autre soir, mon chum et moi, devant une bouteille de rouge, avons jasé de nos préférences en matière d’hôtels, d’activités, de destinations… My God! C’est pas des farces, j’arrivais à ressentir le sable chaud sous mes pieds!
C’était merveilleux. 
On était bien ensemble chez nous, dans notre salon, mais pourtant on s’est approché de l’ordi pour commencer à magasiner les tout-inclus. 

Au bout de quelques minutes seulement, c’est comme si on avait pensé la même chose en même temps. (C’était en lien avec la passe de cash qu’on n'a pas encore faite…)

On s’est regardé, on s’est souri, et on est retourné s’asseoir au salon, heureux d’avoir plutôt choisi -au lieu de baver devant une vie qui nous est inaccessible- de planter ce petit moment dans un sol qui pourra le faire s’élever bien au-dessus de nos moyens financiers.

Et à chacun sa manière de faire pousser son haricot! 
Moi, je continuerai à magnifier mon quotidien  (comme la fille) pour avoir encore le goût d'aller dans le Sud quand l'occasion se présentera et profiter pleinement de mon voyage. Y a trop de gens malheureux sur les plages... 
Et mon chum, lui, il s'est ouvert un compte épargne!







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