11 décembre 2016

Grosse mère poche


Jour de neige, les écoles du Lac sont fermées, ne restent plus d’ouvertes que celles de Saguenay.
Je réfléchis, pèse le pour, le contre...  et fière d’exprimer MON LIBRE ARBITRE À MOI, je tranche, style guillotine affutée : « Je vous garde à la maison aujourd’hui, mes amours, c’est cool, hein? »
Et c’est là que la mâchoire m’a décroché.
-« QUOI?!?!?!?!? NON!!!! TU PEUX PAS ME FAIRE ÇA!!! ENLÈVE-TOI DE MON CHEMIN, JE M’EN VAS PRENDRE LA BUS!! », s’est insurgée ma grande fille de treize ans.
Et c’est à partir de là,  et suite à l’altercation MONSTRE que nous avons toutes deux animée avec panache, que je me suis mérité une surprenante guirlande d’insultes auxquelles j’aurais eu comme premier réflexe, disons il y a quelques années, de rétorquer avec du vieux stock judéo-chrétien : « Tu parleras pas de même à ta mère, ma p’tite fille! »
Et maintenant, en regardant le monde tel qu’il se présente pour elles, je regarde mes filles et toute l’assurance qui les habite avec une grande fierté.
Maintenant, la job se situe ailleurs.
J’en suis à leur enseigner une énième leçon, le discernement.
Inutile de vous dire qu’il y a d’énormes progrès à faire. Mais il faut faire ce qui doit être fait.

Ce jour de neige, pour la première fois, j'ai été qualifiée de "grosse mère poche", et ça ne prend pas la tête à Papineau pour deviner que ça ne sera très certainement pas la dernière...
_

Mes filles ont une mère à la mèche courte qui ne mâche pas ses mots.
Dois-je vraiment être étonnée qu’elles m’envoient promener à l’occasion?
Au fil des années, en tant que famille, nous avons créé une structure de communication qui nous est propre, avec des expressions, des anecdotes, des repères culturels communs...
J’ai pour mon dire que si les mots existent, c’est pour qu’ils soient utilisés.
Et si certains choquent, eh bien soit! c’est justement leur utilité.
Si je m’exprime ouvertement À LA MAISON avec des mots qui existent (et y en a des pas beaux, vous le savez comme moi...),  c’est NORMAL que mes enfants finissent pas les utiliser eux aussi! C’est leur bagage familial, leur langage, celui que JE leur ai appris. Il faut assumer!
ou
parfumer SON PROPRE LANGAGE, si l’on veut que sa progéniture répande des effluves de lavande...


Défi perso

ll faut que j’apprenne à me maîtriser, mais en même temps, JE NE VEUX PAS me taire!
Et c’est là que j’ai eu l’idée de m’inscrire au prochain slam...
Ça se passe au Bar à Pitons, une belle petite place avec des murs de pierre et un éclairage feutré. Le monde boit une pinte ou deux en écoutant les slameurs se défier le temps d’une allocution de 3 minutes max.
Pas le droit de musique.
Juste le micro et toi.
Pour 3 minutes max.
Exprimant ton libre-arbitre.
Une occasion que je n'ai pas l'intention de manquer...


P-R-I-M-E-U-R (Juste si vous avez encore du gaz)

Juste pour vous, mes estimés lecteurs, qui m'endurez encore jusqu'ici, voici le SLAM que j’ai composé et que je "devrais" réciter en février, à moins que je ne me dégonfle, ce qui serait décevant, il faut se le dire.
Heureusement, pour m’éviter ce triste aboutissement, j’ai rendu tous mes élèves témoins de mon engagement, tout comme je le fais pour vous, en ce moment même, en vous partageant ce hip-hop-poème (j'ose pas dire que c'est un poème, parce que moi, j'haïs ça la poésie d'habitude et je suis pas bonne pour en composer. En y pensant un peu, je pense que je n'ai d'ailleurs jamais rien compris à aucun poème.)

Alors, voilà, imaginez-moi, rapant ce texte comme je peux, et vous y serez presque :



Mia la Diva et Riri la Furie

C’étaient deux jeunes sœurs qui en avaient à revendre
Qui réglaient leurs différends à coups de poings au ventre
Le seul répit qu’avait la plus grande c’était pendant « sa semaine »
Mais la plus petite se vengeait lui soufflant son haleine

 Sur le divan Mia la Diva s’instagramme
Poses plastiques,  cosmétiques, un poil égale un drame
Allongée, serpent venimeux et magnifique
Il suffit de lui demander un truc pour comprendre qu’elle pique
 Ses parents requièrent d’elle qu’elle déploie ses ailes
Elle ouvre sa chevelure, bat des cils, belle
Mia la diva, se dresse soudain, se braque
« T’avais juste à pas me faire de même, faque… »
 Injustement tombée dans une famille de pauvres
Lèche les vitrines, rêve de splendides chandails mauves
Elle rêve de travailler pour tous se les payer
Garnir un walk-in plus grand que celui de Beyoncé
 Si sa sœur entre dans sa chambre sur son territoire
Elle rue sur le matador, « dégage d’icitte ciboire »!
Riri la Furie reste immobile, défi accepté
Bang! Les sœurs choquées, en dragonnes se sont choquées

D’en bas on entend le choc des corps sur le bois
« Mamaaaaaaaan! », pour un nombre incalculable de fois
Ça pleure son argumentaire, ça pense qu’il y a de la matière
Pitoyables, leurs hormones en chaos les tiennent prisonnières
On dit que la pomme ne tombe jamais bien loin de l’arbre
Et bientôt on lira mon nom sur le marbre
On est qu’une fois de passage dans cette vie
Ce sont tes filles,  accueille-les et vis.

Volubile, impulsive, explosive artificière
Riri  la Furie ne supporte aucune muselière
Ses parents souhaitent  le  « socialement acceptable »
Pour la protéger d’elle-même, qui sait? la rendre plus aimable
 À tous les jours, c’est la féroce opposition
On la voit très rarement à cours de munition
Son arme la plus puissante, déferlante, anxiogène
Ce sont ses cris stridents, on en saigne des tympans même…
 En monstre de confiance, reste debout devant l’adulte
D’en haut on y croit pas on dirait qu’elle exulte
L’intervenante nous dit : « C’est O.K., vous êtes sa soupape. »
Présidente de classe, se prend quasiment pour le pape
 À 10 ans, moi, bof,  j’imitais Michael Jackson
Riri la Furie a une chaîne Youtube et veut son téléphone
Elle danse et chante sur Musical.y
Suberbe appli! Dommage qu’elle ne la nourrisse pas aussi

À treize ans, j’étais pas comme Mia, je le jure
Ses mains surchargées de lignes, c’est une vieille âme, c’est sûr
Si elle commence à parler haut comme Cléopâtre dans Astérix
Tu t’engages dans quelque chose de périlleux et  à tes risques 
 Grands yeux de biche, gracieuse silhouette, graisse aucune
Mia la Diva est dans ses pensées, seule sur sa planète la Lune
Elle ne voit pas toujours bien les évidences
Mais ressent des choses surprenantes pour sa jeune existence
 Elle réclame qu’on la laisse tranquille en adolescente libre
Oh, ça ne serait pas ma fibre maternelle qui vibre
Malgré qu’on soit du même sang, elle nous trouve cons, c’est évident
Mais on le ressent vraiment en dedans, tout ce qui faut dire, c’est : « Attends. »

 « Tu décideras pas de ma vie », telle est sa philosophie
On lui dit : « T’es mineure, p’tite madame, tu oublies? »
On dit des enfants comme elle qu’ils sont téflon
Que sur eux rien ne colle, c’est impossible, voyons!
 C’est sûr qu’à Riri on ne la fera pas
Sa témérité, sa fougue ne s’arrêteront pas là
Notre spectacle est de voir grandir un cheval sauvage
À qui l’on a appris à transformer en énergie sa rage

C’étaient deux sœurs qui en avaient à revendre
Confiance! Dans quelque temps elles seront déjà grandes
Créerons peut-être des êtres à leur tour
Au cœur de ce volcan, bouillonnant, rassurant, l’Amour…



YO MAN! ;) Ben non, je dirai pas ça!!! N'empêche qu'il faut quand même que j'aie quelque chose à dire au cas où les applaudissements seraient maigres... (Mieux vaut penser à tout.)

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Bien sûr, ça sera un peu (beaucoup) gênant. 
Mais les papillons qui m'habitent ne sont que des chatouillis si je les compare au fun rare que j'aurai, et dont je serai assurément très fière d'avoir élever au statut de concrétisation personnelle.

MON LIBRE-ARBITRE ET MOI, on va le faire.

D'une part parce que les mots existent et que chacun a son utilité.
Et d'autre part, parce que J'EXISTE et que j'ai bien le droit de m'amuser!

YO MAN! ;)




1 commentaire:

Audrey Lévesque, l'écrivaine a dit...

Ce texte se méritera-t-il un commentaire??? Il faut dire que ce n'est vraiment pas une configuration conviviale. C'est trop intimidant le truc en bas, où ils demandent de se choisir une identité. Come on , Blogger! C'est pas fort.
Aussitôt que mon chum me crée un site pour mon blogue, je vous largue!