19 février 2017

À chacun sa fosse


On a tous entendu parler d’exploits surhumains accomplis par des personnes qui, de prime abord, n’avaient pas le profil à soulever des montagnes.
Prenons cette histoire véridique, car vécue par des gens que j’ai connus : Un matin, affairés à leur besogne quotidienne sur la ferme familiale, un père et son fils étaient loin de se douter qu’ils allaient vivre de quoi réfléchir pour l’éternité…
Le père, qui était au volant d’un gros tracteur, s’était fait surprendre, ah ça on peut le dire!  Pourtant, on aurait cru qu’un vieux loup comme lui… Mais les surprises ont cette caractéristique bien à elles; elles arrivent sans prévenir.
Ainsi, le paternel s’affairait à  compacter la fosse à purin (que l’on pourrait aussi appeler pour les non initiés  «un profond trou de marde de vaches ») lorsque le tracteur s’était fait engloutir par les excréments bovins, un peu à la manière des sables mouvants. Le fils, occupé ailleurs, n’avait constaté l’embarras de son père qu’une fois le tracteur enfoui  dans la merde aux 7/8. Élevé à « faire ce qui doit être fait », sans pince-nez (j’admire), il s’était lancé à la rescousse de son père, en courant comme un malade, en sautant sur le toit de la cabine du tracteur, qui s'était encore un peu enfoncée sous son poids. D’une seule main, il a carrément arraché le toit de la cabine, plongé le bras dans les excréments (toujours sans pince-nez on s’en souvient), a saisi son père quelques secondes avant qu’il ne meure noyé dans cette mare immonde.
Cet improbable superhéros, à peine âgé de dix-huit ans alors, s’est vu attribuer la médaille du Gouverneur Général pour son acte de bravoure, et depuis, (je sais pas mais je devine) il doit se sentir bien fier.
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Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de plonger dans une fosse à purin pour vivre un sentiment de fierté, mais il reste que cette anecdote évoque à merveille un principe d’une éloquence sans égal : nous avons tous en nous de quoi être capable de nous extirper de n’importe quelle fosse.
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Je me fais du cinéma

Vous avez sans doute eu l’occasion de voir un jour l’excellent film Forrest Gump, avec Tom Hanks. En accueillant chaque situation difficile comme étant partie intégrante de la vie, Forrest Gump les a traversées une à une, sans se poser de question (encore aurait-il fallu qu’il en ait la capacité, pauv’tit  cœur, simplet de même…)
Ce film est une formidable illustration du principe de résilience : savoir rebondir après l’écueil, si haut qu’on en vient à se dire (et à croire) qu’à tout malheur est bon. « Plus facile à dire qu’à faire! »  vous me direz.

Pas tant.

Il suffit de le vouloir.

Et c’est de volonté qu’il nous manque.
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J’ai réécouté mon film culte, Kill Bill (vol.1-2) de Quentin Tarantino. Pour ceux et celles qui ne l’auraient pas vu, c’est l’histoire (complètement déjantée) d’une fille qui, après avoir survécu aux enseignements d'un maître de kung fu sans pitié,  à une balle dans la tête, à quatre ans de coma, au viol, à la paraplégie, et à tout une armée de gens qui voulaient sa peau, est parvenue à s'extirper d’une tombe dans laquelle elle avait été enterrée vivante. 

Cette femme surprenante, mue par le désir profond de récupérer son enfant, est parvenue à ses fins par la force de sa volonté. (Hé ho, je sais que c’est un film! Mais n’empêche…)

Quelle muse!
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Au fond de la fosse, le tremplin.

Prenons mon élève, revenue terminer son secondaire à 33 ans pour honorer la mémoire de son père.   
Ou le père de famille qui, après avoir déçu madame, se retrousse les manches pour ne pas décevoir aussi ses enfants.
Pareil pour l’alcoolo ou le toxico qui émerge de sa consommation pour devenir intervenant… Il n’en existe aucun plus qualifié, plus compétent.
Même chose pour tous ces entrepreneurs anéantis par une faillite, mais qui finissent par se propulser si haut ensuite, qu’ils remercient la vie de les avoir exposés à l’échec.

Ce ne sont là que quelques exemples prouvant l'existence d'une force de propulsion énorme. Et cette force, elle est en chacun de nous. 
Après en avoir pris conscience, il incombe ensuite de l'utiliser. 

Sinon, c'est du gaspillage.


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Les fausses fosses

Notre monde est construit sur une forme d’apitoiement général.
On se plaint, on se persuade que notre problème est important, et on se justifie d’être affaibli.
Pourtant, si l’on changeait le regard que nous portons sur les difficultés que nous rencontrons, nous constaterions qu’elles contribuent au fil de notre destinée.
Accueillir les difficultés, les négocier comme des virages sans leur donner plus d’importance me semble la seule façon d’accepter que notre existence soit composée d’aléas. Et si c’était d’instabilité qu’il nous manquait? Et si notre bonheur ne tenait qu’à cette capacité de surfer sur le mouvement des astres?

La vie est en dents de scie.

C’est ainsi.

Pour être le plus apte possible à nager dans la houle, il est probable que se laisser porter soit une manière sensée de préserver son énergie vitale. 

Comme un cascadeur. Il tombe, certes, mais a confiance qu'il se relèvera.

Croire en soi suffisamment pour n’avoir jamais peur de tomber, c’est la clé pour se relever. 




Cascadeuse

C’est connu : passées la quarantaine, les femmes se teignent les cheveux, se tartinent de crèmes pas achetables, se botoxent et se font liposucer en revendiquant le droit d’être bien dans leur peau. 
Or, je crois que tout cet argent est dépensé en pure perte. De même que l’énergie nécessaire à combattre un ennemi contre lequel les tricheries demeurent vaines : le temps. La peur d'être enlaidie par le temps s’agit de la plus évidente des fausses fosses! Certaines s’y vautrent pourtant… et de plus en plus d'hommes également.

Dites-moi: À 80 ans, quelle sera la différence entre une femme liftée et moi qui ne l’aurai pas été? Je crains qu’on ne puisse même pas présumer qu’elle plaira davantage que moi! Si au moins on pouvait lui conférer cette avance, ce serait déjà ça…
Même pas.
C’est pourquoi j’ai décidé de ne pas affronter le temps, mais de le traverser. Et les tricheries, les illusions et les faux-finis seront autant de raisons de me sentir faible.

C’est donc à mains nues que je vieillirai.

En échantillon-témoin parmi une génération convaincue que pour bien vieillir, il faille se travestir.


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Catherine Deneuve et moi

J’avais 16 ans, j’écoutais une interview accordée par la magnifique actrice française à un chroniqueur québécois. « Quel est le secret de votre beauté? »  lui avait-il demandé. D’abord, elle avait rétorqué sèchement que ce n’était pas une question à poser à une femme. Mais elle daigna quand même le lui livrer, puisque son secret était d’une telle simplicité, disait-elle, qu’il lui fallait absolument en faire profiter les auditrices. 
Je ne me souviens pas avoir été aussi attentive qu’à ce moment précis. C’est alors qu’elle livra le plus humblement du monde sa routine matinale de soin du visage.
1.On mouille le visage à l’eau tiède-chaude, pour faire ouvrir les pores.
2.On savonne doucement en effectuant des rotations
3.Ensuite on rince bien, toujours à l’eau tiède-chaude pour bien déloger saletés et résidus de savon
4.Et c’est là qu’il faut être vraiment assidue, même si cette étape est un peu inconfortable. Il faut alors rincer son visage à l’eau GLACÉE ou la plus froide possible, afin de faire refermer les pores rapidement pendant qu’elles sont encore propres.
5.Il faut essuyer ensuite son visage au moyen d’une débarbouillette sèche, et porter une attention particulière aux zones où se logent les peaux mortes (ailes du nez, menton). Les fibres de la débarbouillette contribue à exfolier la peau.
6.Finalement, hydrater avec une crème de jour quelconque.

Et Catherine Deneuve avait appuyé sur « quelconque ». (Donc pas obligée d’être chère).

Sa conclusion, bien que succincte, aura été très marquante pour moi: « Si être belle devient pour vous une affaire compliquée, mieux vaut laisser tomber, c’est que vous êtes laide ».


Et c'est là qu'elle avait éclaté d’un rire sincère, révélant ainsi sa véritable beauté. 

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