5 février 2017

Y a-t-il VRAIMENT un pilote dans l'avion?


Je me souviens avoir entendu le commandant Piché s’exprimer sur le moment où il avait dû prendre l’Ultime Décision. Ce choix crucial qui déterminerait de tout. En plein crash d’avion, il mentionnait à l’époque que son instinct l’avait sauvé.
C’est ainsi qu’il est devenu un héros : en n’y pensant pas plus que ça!


Couillu

En couilles, le commandant Piché, il est plutôt bien pourvu. Et je ne ferai pas l’éloge du poids de son entre-jambes pour la simple raison que tous les médias l’on déjà fait.
Là où je veux en venir (avec cette histoire de couilles), c’est que pour espérer en avoir autant que le commandant, il faut accepter que le temps ait à y voir. Autrement dit, le courage, celui qui nous vient des tripes, ce que l’on peut aussi appeler l’instinct,  ne peut se révéler à nous que si l’expérience nous a appris que nous pouvons nous y fier. Sinon, c’est la raison qui embarque. Et la raison, malgré qu’elle soit essentielle aussi, est un peu loin du bas ventre…
La preuve en est qu’on ne demande pas à un enfant de se fier à son instinct, car il manque dramatiquement de repères.  Et l’ado en quête d’identité a du mal à poser des gestes sensés lorsqu’il est soumis à une situation qu’il gère pour la première fois.

Oui, le courage se développe.


Et pour y arriver, une seule voie :  le réel.



Ça craint.

Connaissez-vous les otakus? Au début des années 90, c’est ainsi qu’on appelait les Japonais qui vivaient en mode virtuel.
Ayant pour habitat un conteneur (comme ceux qu’on voit sur les bateaux de marchandises), ils vivaient avec pour seule compagnie leur matos électronique et devenaient les personnages des jeux qui lentement engloutissaient leur humanité. Ces gamers  ne vivaient plus que sous l’apparence de leur pseudo, et s’ils sortaient, c’était déguisés.  
À l’époque, j’étais fascinée et à la fois inquiète. Je leur trouvais même un petit quelquechose de charismatique. Je les imaginais vivre dans la Matrice.  J’enviais leur totale indépendance face au système, j’aimais leur marginalité dessinée en mangas.
Mais aussi, je ne pouvais m’empêcher de craindre pour leur santé mentale. Mon petit doigt me disait qu’il était impossible de parler d’équilible et d’otakus dans une même phrase.
Ça, c’était il y a 25 ans.
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Aujourd’hui, le portrait a changé, bien sûr.
On n’a plus besoin de s’enfermer dans un conteneur pour gamer tranquille. Les otakus se sont mutés en des êtres semi-sociables. Ils participent à des évènements de cosplay, ils jouent la nuit, vont en classe ou travaillent le jour. Ils sont blancs comme des draps et ont une hygiène douteuse. Leur chambre est tapissée de personnages de jeux, et partout dans les coins s’entremêlent des fils tissés en toiles d’araignée.  La plupart du temps, (attention, je vais utiliser un gros stéréotype sale), ils vivent chez maman et ont un surpoids. Mais s’ils vivent seuls, ils sont décharnés. Ils ne s’alimentent que de speeds et de boissons énergisantes.  Leur maigreur me fait penser à M. Jack. dans "L'Étrange Noël de M. Jack."


Pas vaillant-vaillant

Tout le monde sait ça : apprendre sur le tas, c’est rentable. Tu catches des affaires plus vite parce que t’es obligé de te mettre en mode « débrouillardise ». Ton cerveau développe des moyens de t’en sortir, c’est magique! Et comme la nécessité est la mère de la créativité, lorsque tu as vraiment besoin de quelque chose, tu trouves des moyens pour le créer. Encore magique!
Et je sais que ça peut être la même affaire pour le gaming.  Il y a effectivement moyen de développer son « intellect » en jouant. Certains se défendront même en disant qu’ils ont des réflexes affûtés qui leur serviraient en situation de combat. (Yeah right, je t’enligne n’importe quand, l’échalote!)

Alors qu’on trouvait les otakus intrigants il y a 25 ans, maintenant on plaint leurs descendants, on les appelle des dépendants au jeu, on s’inquiète qu’ils oublient de se nourrir, qu’ils ne se trouvent pas de travail (et/ou deviennent programmeurs)  car à leurs yeux, rien ne leur vaudra une vie plus sensationnelle que celle qu’ils se sont créée dans le virtuel.
Ils baisent entre avatars.  Toute leur vie est d’une entière stérilité.
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Mes filles carburent à Youtube. (sentiment de honte)
En revanche, elles n’écoutent plus vraiment la télé. (mini baume)
L’autre jour, j’entendais en trame de fond une youtubeuse suivie religieusement par ma plus jeune. Son ton chargé de lassitude m’a intriguée, et en m’approchant, j’ai découvert une fille décoiffée, habillée en mou qui disait : « Ouin, chu crevée parce que je vlogue chaque jour depuis un mois … »
Ayoye… Elle était-tu vraiment en train de se lamenter, elle là?!?!?!  Sérieux…
Si c’est ça qu’on acquiert à vivre de virtualité, j’aime cent fois mieux que mes filles deviennent caissières chez Dollo! Au moins, les caissières (et les plus rares caissiers) ont le courage de se tenir debout toute la journée, de sourire aux faces de plâtre et de s’exposer aux bracages (bon ok, j’extrapole). N’empêche que C’EST ÇA la vie!!!
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C'est pas que j'ai peur de vieillir, mais en constatant le nombre croissant de gens qui traversent la vie avec les doigts dans le nez (ou sur la manette), je ne peux m’empêcher d’avoir la chienne de devoir m’en remettre à eux un jour.  J’ai pas trop confiance.
Leur expérience de la vraie vie sera trop insuffisante pour les rendre optimaux. J'appréhende quasiment une incompétence généralisée.
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Avant de prendre l’avion, si on me donnait le choix entre un pilote (même beau comme un coeur) tout droit sorti de son école de geeks,  et un vieux pilote de brousse sur la brosse, mon choix s’arrêterait sur celui qui a pu développer le plus d’instinct. Je prendrais l’ivrogne.(Mais comme on ne me donne jamais le choix...)
Et comme l’instinct se révèle à nous au fur et à mesure que les expériences se multiplient, le courage d’une personne s’accroît en fonction des épreuves qu’elle a à surmonter.

Et j’ai dit épreuves .
Pas niveaux.



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