12 mars 2017

Le poison et son antidote


Une de mes élèves, d'habitude tonitruante, avait fait son entrée dans la classe en silence ce matin-là. En temps normal, je me serais fiée à ses paroles pour mesurer son humeur. Il faut dire qu’elle a un « flow » assez puissant! Elle ne mâche pas ses mots et ne lésine sur aucun détail. Même si on ne la paye jamais pour qu’elle donne un show, c’est surprenant, on a toujours l’impression d’en avoir eu pour notre argent! 
Mais pas cette fois-là.
J'avais jamais vu ça. 
C'est comme si elle venait de se faire ramasser par la gratte.

Silencieuse moi aussi, je l’ai regardée quelques instants, et j’ai vu plus clair en elle que si j’avais été inondée de ses paroles. J’ai saisi d’un seul coup l’ampleur de son néant, et ce, pour une seule raison : cette fille ne porte pas de masque.

Ce matin-là, j’étais en présence de l’Authenticité même, aussi fulgurante qu’un cri, en dépit du silence.
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Quand elle était enfin parvenue à articuler quelque chose, ça avait été pour dire : « Faut que tu doutes de toute dans vie. Sinon, ça fait que t’es yinque un esti de naïf! »

C’est sec, mais elle a raison. 


Douter d’emblée, et accorder sa confiance ensuite (et/ou au mérite) est une arme contre l’abus.
Quand on doute de ce que l’on nous dit (nous présente, nous offre, etc.),  on envoie le message qu’on refuse d’être considéré comme une éventuelle victime. On se positionne. 

On se tient debout.

Ma mère m’a toujours dit de marcher d’un pas assuré dans la rue, pour donner une impression de force physique. Elle souhaitait ainsi m’éviter une agression, et même si je trouvais ça débile à l’époque, je me suis entendue le répéter à mes filles l’autre jour…

Et d'ailleurs, j'ai été drôlement soulagée de constater que mon élève semblait garder en tout temps "sa petite lumière allumée", qu'elle portait un masque de temps en temps.

Son authenticité peut devenir son poison, bien sûr -elle est tellement spontanée!- mais lorsque son regard revêt le voile discret du doute, elle devient aussi sa propre antidote.
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Douter, ça ne veut pas dire "avoir peur". Douter, c’est plutôt "ne pas baisser sa garde". 
Exactement comme ces vaillants guerriers, en garde sans relâche, dans le film "La grande muraille" avec Matt Damon. L'avez-vous vu? (Je lui ai donné un maigre 2,5/5)

Pendant que des centaines de milliers de créatures sanguinaires se faisaient décapiter par des centaines de milliers d'habiles combattants (à la plus grande satisfaction de mes filles), moi je me disais que ce film illustrait à merveille la forme de doute que je trouve saine, c'est-à-dire, celle qui ne tombe pas dans la paranoïa. Celle qui génère plutôt une énergie créatrice sans laquelle les guerriers chinois n'auraient pas été aussi forts. 
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Mais comme on n'est pas dans un film, peut-on espérer être une personne authentique (c’est-à-dire se présenter aux autres sans filtre), et À LA FOIS éviter de se faire avoir?


Mon masque de superhéroïne

Il y a un moment, j'ai parcouru « Dis-moi qui est ton superhéros préféré et je te dirai qui tu es ».
C’est un essai pompeux qui aura au moins eu le mérite de me distraire et de me permettre quelques réflexions.  

Ainsi, j’ai appris que mon penchant lointain pour Poison Ivy (Surnommée aussi « L’Empoisonneuse », elle est une ennemie de Batman. Mais ça ne l’empêche pas d’être gentille avec les plantes, qui le lui rendent bien d'ailleurs, en ayant fait d’elle une redoutable herboriste tueuse.)révélait que j’étais soi-disant naturellement encline à « masquer » qui je suis vraiment.

Ah ouin? Peut-être bien. Comment faire autrement??? Notre monde est truffé de subterfuges, de faussetés, de mensonges, de leurres… C’est vraiment rendu n'importe quoi, on dirait Gotham City! #j'exagère #quasimentpas



Maudits messages ambigus

Il y a une personne avec laquelle j’ai tendance à me coltiner. (J’aime ce mot! Il veut dire s’affronter, mais comme il est tout mignon, comme dans « je me coltine avec toi », on a tendance (O.K., J'AI tendance) à le voir comme un affrontement entre des personnes qui s’apprécient… xxx) 

L’un de nos points de discorde touche l’emploi des mots qu’elle utilise pour me parler. Leur inexactitude… ça me rend dingue! Il en résulte que je n'obtiens pas l'heure juste! C'est tellement choquant!Et pas très authentique.

À titre d’exemple, je pourrais citer la fois où elle m’a dit que « je la faisais rire », alors qu’en réalité, je la faisais ch*er.  Est-ce qu’on peut au moins s’entendre sur le fait que lorsqu’une personne nous fait rire, c’est  assez positif comme sentiment?  A contrario, si elle nous fait ch*er, c’est plutôt négatif, non?  Alors pourquoi ne pas utiliser TOUT DE SUITE les mots justes? P-O-U-R-Q-U-O-I? Quelle perte de temps et d’énergie!  
Ça me dépasse complètement.

Si on me donnait le choix, je préférerais toujours le silence aux paroles creuses.


« Tu veux du cul? »

Il y a environ un an, je soumettais un billet sur ce même blogue, en prétendant qu’il serait le plus populaire pour l’unique raison qu’il portait un titre provocateur : « Tu veux du cul? »  Et j’ai eu raison!  À ce jour, il demeure celui de mes textes qui aura obtenu le plus de clics!
Depuis, l’hypothèse a été vérifiée à maintes reprises et la progression fulgurante de cette pratique trompeuse a même donné naissance à une appellation : le clickbait, ou en français, piège à clics.(désigne un contenu Web qui vise à générer des revenus publicitaires en ligne, et dont le titre est le plus souvent sensationnaliste, voire mensonger, dans l’unique but d’appâter les internautes.)
Et personnellement, j’en ai même tiré une thèse « hautement scientifique » qui se résume en ces termes également « hautement scientifiques » :  On est vraiment trop caves.


Et là, on fait quoi?

-Je vote pour qu’on reste lucide. Qu’on garde notre petite lumière allumée. (Et pas besoin d’être une 100 watts, là!)  Juste assez de doute pour ne pas être manipulé.
-Je ne vois pas de mal à garder mon masque de Poison Ivy en quelques occasions. Cela me permet de me protéger des invasions. Tant de gens veulent franchir nos frontières personnelles, tout le temps! Ne pas TOUT révéler ne veut pas dire qu’on souhaite TOUT cacher non plus!
-Mieux vaut qu’on dise les choses sans détour. Ça évite les cafouillages. Et si on choisit le silence, il faut se dévêtir du masque. Le silence peut être tellement ravageur parfois, car il permet à l’autre de l’interpréter à sa manière. Et Dieu sait que les dérapages peuvent être infinis… (en tout cas dans ma tête, oui)


Et surtout, ne pas perdre de vue que nous pouvons être un ennemi pour nous-même(poison), et qu'il appartient à chacun de s'en protéger.(antidote)N'est-ce pas normal après tout d'être en mesure de sauver sa peau en temps opportun? C'est une chose d'être naïf, mais courir à sa propre perte, s'en est une autre.  

Je suis (presque)sûre qu'on est capable de pas faire (trop) les caves...

















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